Industrie textile : la fast fashion sous surveillance
Parce que le phénomène « fast fashion » n’est pas sans avoir des conséquences sur les plans environnemental, social et économique, des mesures sont prises en vue de réduire les impacts occasionnés par cette mode textile ultra-éphémère : que faut-il retenir à ce sujet ?
Fast fashion : définition et sensibilisation
La rĂ©glementation se durcit s’agissant des produits textiles d’habillement, des chaussures, des produits textiles neufs pour la maison pour les entreprises qui ne sont pas Ă©tablies dans un État membre de l’Union europĂ©enne (UE) ou partie Ă l’accord sur l’Espace Ă©conomique europĂ©en (EEE). Il est question ici de limiter les impacts de la mode ultra-express visant ces produits.
La mode ultra-express ou « fast fashion » relève des pratiques industrielles et commerciales des producteurs, en magasin ou en ligne, qui ont pour consĂ©quence la diminution de la durĂ©e d’usage ou de la durĂ©e de vie de ces produits, en raison de la mise sur le marchĂ© d’un nombre Ă©levĂ© de rĂ©fĂ©rences de produits neufs et de la faible incitation Ă rĂ©parer ces produits.
Il faut noter que les seuils relatifs au nombre de références de produits neufs, ainsi que les critères de la faible incitation à réparer, par marque et par canal de vente, restent encore à préciser.
Les entreprises qui pratiquent la fast fashion en ligne seront tenues d’afficher sur leur site internet, de manière claire, lisible et compréhensible, selon des modalités précises qui restent encore à préciser, des messages :
- encourageant à la sobriété, au réemploi, à la réparation, à la réutilisation et au recyclage des produits textiles ;
- informant sur l’incidence sociale des produits textiles ;
- sensibilisant Ă leur incidence sur l’environnement et sur la santĂ© humaine ;
- informant sur l’incidence sur l’environnement du service de livraison des produits proposĂ©s.
De la mĂŞme manière, les lieux de fabrication du produit textile en question vendu en ligne doivent ĂŞtre portĂ©s Ă la connaissance du consommateur de manière claire et lisible sur la plateforme numĂ©rique, en caractères d’une taille Ă©gale Ă celle de l’indication du prix et Ă proximitĂ© de celui-ci.
Enfin, il est aussi prĂ©vu une sensibilisation aux incidences de la mode non durable dans l’Ă©ducation des Ă©lèves au dĂ©veloppement durable qui :
- comprend une sensibilisation aux incidences sur l’environnement et sur la santĂ© humaine des productions et des pratiques de consommation non durables ;
- inclut la dĂ©couverte des matĂ©riaux responsables ou Ă faibles incidences sur l’environnement, des conditions de production ainsi que de l’Ă©tiquetage ;
- met en avant les pratiques de consommation durable au quotidien, notamment dans l’utilisation des produits textiles et d’habillement.
Fast fashion : publicité interdite
À partir du 1er janvier 2027, toute publicité dans les médias en faveur des articles ou des marques de la mode ultra-express sera interdite, de même que la promotion directe ou indirecte des marques ayant recours à cette pratique.
Pour la promotion de ces produits, le terme « gratuit » ne pourra ĂŞtre utilisĂ© ni comme outil de marketing, ni comme outil promotionnel dans le cadre d’une relation commerciale.
Cette interdiction vaudra Ă©galement, Ă partir du 1er janvier 2027, pour les influenceurs commerciaux, que leurs activitĂ©s d’influence aient donnĂ© lieu ou pas Ă une contrepartie financière (par exemple dons ou prĂŞts de vĂŞtements, invitations, etc.). Les manquements et les infractions Ă ces obligations seront passibles d’une amende administrative de 100 000 € maximum.
Fast fashion : des pénalités renforcées
Un nouveau critère de modulation des éco-contributions applicables à la filière de responsabilité élargie des producteurs (REP) « textiles » est mis en place.
Pour rappel, cette filière REP permet l’application du principe pollueur-payeur dans les secteurs de l’habillement, de la chaussure et du linge de maison : les Ă©co-contributions financières acquittĂ©es par les producteurs pour prĂ©venir et gĂ©rer leurs dĂ©chets sont modulĂ©es en fonction de critères de performance environnementale.
Aux critères existants est ajoutĂ© un nouveau critère portant sur l’incidence sur l’environnement, et notamment les atteintes Ă la biodiversitĂ© et l’empreinte carbone.
Il est prĂ©vu que, lorsque cela est possible, ces Ă©co-contributions soient modulĂ©es en fonction des pratiques industrielles et commerciales des producteurs qui influencent la durĂ©e d’utilisation du produit et la probabilitĂ© qu’un produit devienne un dĂ©chet. Concrètement, il s’agit ici de tenir compte de l’incitation Ă rĂ©parer, de l’étendue de la gamme de produits ou de la frĂ©quence des offres.
Lorsque cette modulation prend la forme d’une pĂ©nalitĂ©, le montant de celle-ci est compris entre :
- 25 centimes et 12 € par produit à partir du 1er septembre 2026 ;
- 50 centimes et 14 € par produit en 2027 ;
- 75 centimes et 16 € par produit en 2028 ;
- 1 et 18 € par produit en 2029 ;
- 2 et 20 € par produit à partir de 2030.
Il faut noter que, pour lutter contre les pratiques frauduleuses, les entreprises Ă©tablies Ă l’Ă©tranger devront dĂ©signer un mandataire en France chargĂ© des obligations dĂ©coulant de la REP.
Enfin, une fraction des contributions financières versées par les producteurs sera utilisée par les éco-organismes pour financer des infrastructures de collecte, de tri, de réemploi, de préparation en vue de la réutilisation et de recyclage sur le territoire national.
Fast fashion : en ce qui concerne le contrĂ´le des produits textiles
Il est prĂ©vu que les agents de la prĂ©vention des risques, les agents des douanes et les agents de la concurrence, de la consommation et de la rĂ©pression des fraudes sont autorisĂ©s, pour les besoins de leurs missions de contrĂ´le, Ă se communiquer, spontanĂ©ment ou sur demande, tous les renseignements et les documents dĂ©tenus ou recueillis dans l’exercice de leurs missions respectives, sans que le secret professionnel fasse obstacle Ă une telle communication.
De la mĂŞme manière, les agents de la concurrence, de la consommation et de la rĂ©pression des fraudes et les agents de la Commission nationale de l’informatique et des libertĂ©s sont autorisĂ©s Ă se communiquer, spontanĂ©ment ou sur demande, tous les renseignements et les documents dĂ©tenus ou recueillis dans le cadre de leurs missions respectives et nĂ©cessaires Ă la recherche et Ă la constatation des infractions et des manquements Ă la rĂ©glementation relevant de leurs champs de compĂ©tences respectifs, sans que le secret professionnel fasse obstacle Ă une telle communication.
Fast fashion : des rapports Ă venir
Il faut noter que, au plus tard en janvier 2027, le Gouvernement doit remettre au Parlement un rapport Ă©tudiant l’opportunitĂ© d’un Ă©largissement du mĂ©canisme d’ajustement carbone aux frontières aux produits textiles fabriquĂ©s en dehors du territoire de l’Union europĂ©enne.
Au plus tard en juillet 2027, le Gouvernement doit remettre au Parlement un rapport dressant le bilan de la mise en Ĺ“uvre de mesures miroirs aux frontières du marchĂ© intĂ©rieur de l’Union europĂ©enne pour imposer des normes sanitaires, sociales et environnementales europĂ©ennes Ă l’importation des produits relevant de la pratique de mode ultra-express.
Ce rapport devra analyser Ă©galement l’opportunitĂ© d’inverser la charge de la preuve au moment de l’entrĂ©e des produits dans l’Union europĂ©enne : il incomberait Ă l’exportateur d’apporter la preuve que ses produits ont Ă©tĂ© produits dans des conditions conformes aux normes europĂ©ennes, avec une vigilance particulière quant au respect des droits de l’homme.
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